L’accessibilité à la nourriture : une responsabilité sociale

Article de Marie-Ève Potvin, Radio Canada, diffusé le lundi 3 décembre 2012 à 4 h 50

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Mettant les pieds pour la première fois dans une banque alimentaire, je ne sais pas à quoi m’attendre. Est-ce que je vais trouver réponse à mes questions?

Onze heures. J’arrive devant cet entrepôt imposant. Les portes ouvrent et je suis accueillie par la directrice générale de Moisson Outaouais, Sonia Latulippe. Une fois à l’intérieur, mes questions s’envolent et je remarque l’importance de l’organisme.

Devant moi, les bénévoles fourmillent et travaillent de gaieté de cœur. Le travail à la chaîne est de mise pour préparer la nourriture périssable qui sera redistribuée aux organismes de la région. Couper, brosser et empaqueter les céleris, voici ce qui est au menu des cinq bénévoles présents, qui ont le sourire aux lèvres.

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À quelques mètres, quelques élèves du Collège Saint-Alexandre font une visite guidée de l’entrepôt. Comme moi, ils découvrent l’envers du décor et l’immensité de l’entrepôt de Moisson Outaouais.

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Derrière moi, le chariot élévateur klaxonne, transportant plusieurs palettes de denrées à la porte. Un organisme est venu chercher son approvisionnement hebdomadaire. Palette après palette, tout est bien déposé dans la camionnette. Le chauffeur qui fait les livraisons pour la banque alimentaire La soupière de l’amitié, André Morin, s’arrête le temps d’une pause et me demande ce que je fais là. Hésitant à lui répondre, je lui pose la même question.

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M. Morin me sourit : « Parce que j’aime aider les gens dans le besoin. Ma femme est récemment décédée et ça me permet d’oublier mes problèmes. Je travaille 7 jours sur 7 et je ne veux pas manquer une journée de travail puisque ça me rend heureux. »

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En remontant dans les bureaux, je me rends compte que chaque personne que j’ai croisée sur mon chemin fait vivre la banque alimentaire et que par le fait même, elle répond à un besoin criant qui touche plus de 30 000 personnes dans l’Outaouais.

L’aide de l’autre côté de la rivière : histoire de Moisson Outaouais

Avant la création de Moisson Outaouais, la banque alimentaire d’Ottawa desservait les différents organismes communautaires des deux côtés de la rivière. En raison d’une demande toujours croissante, la banque alimentaire de la capitale nationale ne pouvait assurer indéfiniment la distribution de denrées auprès des 26 organismes en sol québécois. C’est en réaction à ce besoin que Moisson Outaouais a vu le jour.

« Nous avons appliqué les mêmes principes qu’une entreprise privée, mais où tous les profits étaient redonnés à la communauté. Durant la période de mise sur pied de l’organisme, la banque alimentaire d’Ottawa a continué d’acheminer des denrées en sol québécois pour permettre à Moisson Outaouais de mettre en place un plan d’autonomie face à la demande d’aide alimentaire », soutient Benoît Gélinas, ancien gestionnaire des communications et de la collecte de fonds à Moisson Outaouais.

L’argent, toujours l’argent

Pour continuer de s’affranchir de la banque alimentaire d’Ottawa et de gérer les besoins grandissants de la population locale, Moisson Outaouais a fait construire en 2011 un entrepôt pour les denrées. L’organisme confirmait ainsi son autonomie.

« La transition avec la banque alimentaire d’Ottawa n’a pas été facile du point de vue financier. Nous avons terminé l’année 2011 avec un important déficit budgétaire. Le coût de services a augmenté et les revenus n’ont pas suivi le même rythme de croissance », souligne Sonia Latulippe, directrice générale de Moisson Outaouais

Selon le dernier « Bilan-Faim » de Banques alimentaires Canada, 882 188 personnes se sont tournées vers les banques alimentaires au Canada en 2011. En Outaouais, ce sont plus de 30 000 personnes qui ont visité les différents organismes.

Le vrai visage de la clientèle

« Avec les récentes données statistiques, nous remarquons qu’il y a un appauvrissement chez les personnes âgées, les immigrants et les étudiants. En tout, 72% des bénéficiaires de l’aide sociale se tournent vers les banques alimentaires parce que le montant reçu n’est pas suffisant pour subvenir à leurs besoins. Les enfants forment à eux seuls le tiers du pourcentage des gens qui bénéficient du dépannage alimentaire », conclut Mme Latulippe.

Pour voir l’article original: http://blogues.radio-canada.ca/guignolee2012/2012/12/03/laccessibilite-a-la-nourriture-une-responsabilite-sociale/

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